2026-01-04 – FUTURA - Et si la vie était apparue sur Mars avant la Terre ?
Comment la vie est-elle apparue sur la Terre ?
Voila bien une question que se posent tous les scientifiques qui travaillent sur le sujet. Ils ont bien des théories, mais aucune n’a abouti jusqu’à présent. Le passage d’un matériau inerte à la vie, autrement dit, l’évolution d’une chimie très précise vers une biologie qui mène à une forme de vie primitive semble inaccessible.
Alors, pour compenser l’absence d’une solution admise intellectuellement par l’ensemble des scientifiques, certains se tournent vers une autre hypothèse, celle d’une vie venue d’ailleurs. Et pourquoi pas une météorite venant de Mars. Son exploration en cours semble avoir été favorable à l’émergence de la vie au début de sa formation.
Cette théorie est loin d’avoir le consensus du monde scientifique, mais elle reste une hypothèse attrayante de par les dernières découvertes géologiques de la planète rouge. Bien sûr, il faut se prêter à une gymnastique d’esprit très large pour concevoir une telle éventualité. Mais Seán Jordan, Professeur associé de chimie à l’Université de la ville de Dublin, nous propose d’examiner les arguments pour et contre dans un article publié dans Futura le 4 janvier 2026.
Si le facteur “temps” est crucial, la surface de la Terre et de Mars, dont sa formation s’est faite légèrement plus tôt (4,6 milliards d’années pour Mars et 4,54 milliards d’années pour la Terre), était initialement en fusion avec un léger décalage dans le temps, avant de se solidifier progressivement nous dit Seán.
En théorie et en admettant que les deux planètes ont bénéficié des mêmes compositions géologiques et chimiques avec une atmosphère protectrice et de l’eau liquide ainsi qu’une activité géothermique et des sources hydrothermales semblables, la vie aurait pu apparaître indépendamment sur Terre et sur Mars.
Cependant, nous fait remarquer Seán, la collision d’une planète rocheuse (nommée Théia) de la taille de mars avec la proto-Terre qui, après fusion et séparation en deux objets ont formé la Terre et la Lune il y a 4,51 milliards d’années, la vie, s’il y en avait déjà, a certainement été anéantie sous le choc.
En revanche, Mars n’a pas subi tous ces évènements. Et même si de nombreux objets rocheux de taille réduite ont violemment impacté la proto-Mars, aucun n’aurait été suffisamment important pour détruire complètement tous micro-organismes si ce n’est que dans certaines régions de la planète rouge.
Ainsi, si la vie est apparue sur Mars peu après sa formation, elle aurait pu continuer à évoluer sans interruption majeure pendant au moins un demi-milliard d’années.
Après cette période, le champ magnétique de Mars s’étant effondré et l’atmosphère ayant disparu exposant la surface martienne à des températures glaciales et aux rayonnements ionisants de l’espace, la planète rouge est devenue inhabitable.
C’est alors que les évènements chronologiques prennent toute leur importance et on peut se demander :
- Où en est la Terre après l’impact qui a formé la Lune ?
- Combien de temps s’est écoulé jusqu’à l’apparition de la vie ?
Seán nous propose de remonter aux premiers micro-organismes dont l’un, appelé Luca, serait d’après la science d’aujourd’hui, l’ancêtre commun universel d’où descend toute vie actuelle. Une étude récente a reconstitué les caractéristiques de Luca grâce à la génétique et aux fossiles. Elle a permis de déduire que Luca vivait il y a 4,2 milliards d’années. Si de petits écosystèmes complexes existaient sur Terre il y a environ 4,2 milliards d’années, la vie a forcément émergé plus tôt, mais de combien ?
La nouvelle estimation de l’âge de Luca est de 360 millions d’années après la formation de la Terre et de 290 millions d’années après l’impact à l’origine de la Lune.
Pendant ces 290 millions d’années, la chimie s’est muée en biologie nous dit Seán.
Mais ce laps de temps a-t-il été suffisant pour faire apparaître la vie jusqu’à se diversifier ensuite pour former les écosystèmes présents à l’époque de Luca ?
Cette question a tout simplement été contournée par le monde scientifique. Selon l’hypothèse en question, il est admis que des micro-organismes martiens auraient pu voyager jusqu’à la Terre par des météorites. Et ceci, juste à temps pour profiter des conditions clémentes qui ont suivi la formation de la Lune.
Sur ce calendrier des évènements, Seán Jordan donne son avis, je le cite :
« ….en tant que spécialiste du domaine, j’aurais tendance à penser que 290 millions d’années suffisent amplement pour que des réactions chimiques produisent les premiers organismes vivants sur Terre, et que la biologie se diversifie et se complexifie par la suite. »
Concernant la survie du voyage, on considère que le génome reconstitué de Luca pouvait se nourrir d’hydrogène moléculaire ou de molécules organiques simples. Et d’après d’autres indices, on suggère aussi que l’habitat de Luca était soit un système hydrothermal marin peu profond, soit une source thermale géothermique. De même, on considère actuellement que ces types d’environnements sur la Terre primitive réunissaient les conditions nécessaires à l’émergence de la vie à partir de réactions chimiques inorganiques.
Même si on est loin d’être certain que des formes de vie primitives aient pu survivre au voyage avec un génome pas vraiment bien adapté, il faut aussi admettre que :
- Luca possédait des mécanismes biochimiques capables de le protéger des températures élevées et des rayonnements UV.
- Les micro-organismes peuvent survivre à un impact important sur la surface martienne.
- Les micro-organismes peuvent aussi résister à :
- L’éjection à grande vitesse dans l’atmosphère martienne.
- La traversée du vide spatial pendant le voyage.
- Au bombardement des rayons cosmiques pendant au moins une année de voyage
- La rentrée dans l’atmosphère de la Terre à haute température.
- Au second choc de l’impact sur la surface de la Terre.
- Et enfin, avoir un peu de chance de tomber sur la Terre dans un environnement favorable.
Bien que des études en laboratoire portant sur la survie des micro-organismes soient en cours, il semble que seuls les micro-organismes les plus résistants puissent survivre à un tel voyage.
Seán Jordan soulève une autre question :
« si la vie a pu atteindre la Terre depuis Mars au cours des 500 premiers millions d’années de l’existence de notre Système solaire, pourquoi ne s’est-elle pas répandue de la Terre au reste du Système solaire au cours des quatre milliards d’années suivantes ?
Peut-être ne sommes-nous pas des Martiens après tout. »
En savoir plus.
Cette dernière question, évoquée par Seán Jordan, est certainement la plus importante et porte notre réflexion sur le fondement propre de la vie et pourquoi ?
La Terre est la seule planète tellurique du Système solaire où la vie est partout, sur les continents, dans la mer et les rivières, dans la terre et dans l’air. Le vivant est néanmoins extrêmement fragile mais la nature semble avoir créé pour elle une protection et un équilibre naturel. La Terre a subi plusieurs extinctions massives du vivant, cinq a priori, mais à chaque fois, la vie a rebondi de plus belle. Son exubérance est déconcertante. Elle est même presque banale.
Pourtant, toutes les planètes telluriques se sont formées en même temps dans le même nuage moléculaire. Ceci laisse supposer que leur composition est quasiment identique. Seule, leur distance au Soleil peut faire une différence. Mais là encore, Vénus et Mars, de part et d’autre de la Terre, sont pratiquement dans la zone d’habitabilité, mais force est de constater qu’elles sont très différentes de la Terre, notre planète.





